Un bassin ardoisier aux portes d'Angers
Le schiste ardoisier affleure autour de Trélazé, aux portes d'Angers. Les archives mentionnent une carrière d'ardoise à Trélazé, au lieu-dit Tire-Poche, dès 1406, et l'exploitation est probablement plus ancienne. En 1762, un rapport administratif estimait à environ 1 200 le nombre d'ouvriers des carrières d'Angers et de Trélazé, pour une production de plus de 26 millions d'ardoises par an.
Pendant des siècles, l'ardoise du bassin a couvert les maisons de tuffeau, les manoirs, les églises et les immeubles de la région, et elle a été vendue bien au-delà de l'Anjou. Les ardoises de Trélazé ont notamment servi, au XVIe siècle, à couvrir le château de Chambord.
Les ouvriers des carrières s'appelaient les perrayeurs, ou perreyeux, de « perrière », le nom angevin des carrières de schiste ardoisier. On distinguait les ouvriers d'à-bas, qui travaillaient au fond, et les ouvriers d'à-haut, en surface. Parmi eux, les fendeurs divisaient les blocs en fines ardoises, à l'abri d'un tue-vent, un paravent mobile garni de genêts et de paille.
Des carrières à ciel ouvert aux ardoisières souterraines
Les premières perrières étaient creusées à ciel ouvert : de vastes fosses qui s'approfondissaient à mesure qu'on suivait la veine de schiste. Au XIXe siècle, l'extraction passe progressivement sous terre. Une première tentative d'exploitation souterraine a lieu en 1838 aux Grands-Carreaux, et les dernières carrières à ciel ouvert ferment en 1899.
Les ardoisières souterraines descendent alors à plusieurs centaines de mètres de profondeur. En 1891, plusieurs exploitants se regroupent dans la Commission des ardoisières d'Angers, qui devient la principale société du bassin. La production du bassin Anjou-Mayenne atteint son maximum en 1911, avec environ 182 000 tonnes.
L'activité décline ensuite. Les Ardoisières d'Angers, entrées en 1989 dans le groupe Imétal, devenu Imerys, annoncent en novembre 2013 l'arrêt de l'exploitation, en invoquant l'épuisement du gisement et la baisse de qualité de la pierre restante. L'entreprise emploie alors 153 salariés. L'extraction cesse en mars 2014 : c'était alors la dernière grande ardoisière en activité en France.
Le bleu-noir des toits angevins
L'ardoise d'Angers est un schiste fin, bleu-noir, qui se fend en feuilles minces et régulières. Elle a donné aux toits de la région leur couleur sombre, posée au-dessus du blanc du tuffeau des façades. Les toitures angevines traditionnelles sont très pentues, souvent au-delà de 45 degrés, ce qui donne des versants élancés.
Ce paysage se retrouve sur les maisons de ville, les longères, les dépendances et les monuments. Dans les villes, le faîtage des toits d'ardoise est souvent fait de tuiles faîtières en terre cuite scellées au mortier.
Dans le site patrimonial remarquable d'Angers et aux abords des monuments historiques, l'architecte des Bâtiments de France peut demander, lors d'une réfection, une ardoise naturelle dont la teinte et le format restent proches de l'existant.

D'où vient l'ardoise naturelle posée aujourd'hui ?
Depuis la fermeture de Trélazé, la très grande majorité de l'ardoise naturelle posée en France vient d'Espagne, premier producteur mondial, et surtout de Galice et de Castille-et-León. On trouve aussi des ardoises d'autres pays, de qualité inégale.
Dans une même région d'extraction, les ardoises varient beaucoup d'une carrière à l'autre, et parfois d'un banc à l'autre. La provenance seule renseigne peu : il faut regarder la fiche technique de l'ardoise, son classement et son choix de tri.
Pour une réfection sur une maison ancienne, on recherche une ardoise dont l'épaisseur, la teinte et le format se rapprochent de l'ardoise d'origine, afin que la toiture reste cohérente avec les toits voisins.
Les formats les plus courants sur les maisons de la région vont de 32 x 22 cm à 40 x 25 cm. Pour une même surface, un petit format demande plus d'ardoises et plus de temps de pose, et donne au versant un grain plus fin. L'épaisseur compte aussi : une ardoise épaisse est plus rigide et plus lourde, et sur une charpente ancienne on reste proche de l'épaisseur d'origine.
Comment reconnaître une ardoise de qualité ?
La norme européenne NF EN 12326 classe les ardoises naturelles selon trois essais, notés de 1, le meilleur niveau, à 3 :
- A, absorption d'eau : la classe A1 correspond à une absorption de 0,6 % au plus
- T, cycles thermiques : résistance à des alternances d'humidité et de chaleur ; T1 n'admet ni fissure ni coulure de rouille, T2 et T3 admettent des oxydations plus marquées des inclusions métalliques
- S, exposition au dioxyde de soufre : tenue face à la pollution soufrée ; S1 n'admet ni gonflement ni délitement
La marque NF et les contrôles sur le chantier
Pour une toiture durable en Anjou, nous conseillons une ardoise classée A1, T1 et S1. La marque NF Ardoises, certification volontaire gérée par le LNE, va plus loin : elle ne retient que les classes T1 et S1, exige une absorption d'eau de 0,4 % au plus et interdit les inclusions de pyrite traversantes dans la partie centrale de l'ardoise. Elle distingue deux choix d'aspect, D1 et D2.
Sur le chantier, quelques contrôles simples complètent la fiche technique :
- l'étiquette de la palette, qui indique la provenance, le format, l'épaisseur et le classement
- une épaisseur régulière d'une ardoise à l'autre, et des ardoises planes qui se posent sans jour
- l'absence de fissures, de feuilletage sur les bords et de grosses inclusions brillantes, les pyrites, qui peuvent rouiller
- un son clair quand on tapote l'ardoise tenue par un coin ; un son sourd signale souvent une fissure
Peut-on réutiliser d'anciennes ardoises ?
Une bonne ardoise naturelle vit souvent plus longtemps que ses fixations. Lors d'une réfection, une partie des anciennes ardoises peut être récupérée : on les dépose une à une, du faîtage vers l'égout, on les trie, puis on les repose sur la même maison ou sur une dépendance.
Le tri élimine les ardoises fendues, feuilletées, trop usées ou trop minces, et celles dont les trous se sont agrandis. Les ardoises retenues sont repercées si besoin et reposées au clou ou au crochet. Pour les compléter avec des ardoises neuves, on choisit une épaisseur et une teinte proches, et on les répartit pour éviter une différence visible sur un versant.
Le réemploi a ses limites : sur une toiture très ancienne, la casse à la dépose et au tri peut être importante, et le temps passé coûte parfois plus cher que des ardoises neuves. Il reste utile pour remplacer des ardoises cassées par des pièces de même aspect, et pour garder le caractère d'une maison ancienne.
Les ardoises en fibre-ciment fabriquées avant 1997 peuvent contenir de l'amiante. Elles ne se réemploient pas, et leur dépose obéit à des règles particulières.

Découvrir l'histoire de l'ardoise à Trélazé
À Trélazé, le musée de l'Ardoise retrace l'histoire du bassin, ses métiers et ses outils, avec des démonstrations de fente d'ardoise. Il est géré par l'association Les Amis de l'Ardoise, fondée en 1979 par d'anciens ardoisiers avec le soutien de la ville, et se trouve chemin de la Maraîchère. En 2026, la direction régionale des affaires culturelles l'a reconnu comme Écomusée de l'Ardoise, le nom sous lequel il se présente désormais.
Autour, les anciennes carrières ont laissé des fosses remplies d'eau, en partie aménagées pour la promenade. Consultez les horaires du musée avant de vous déplacer : ils changent selon la saison.
Une toiture en ardoise naturelle autour d'Angers
Nous posons et réparons des toitures en ardoise naturelle dans un rayon de 40 km autour d'Angers : réfection complète, pose au crochet ou au clou, faîtages, noues et zinguerie. Lors de la visite, nous regardons si une partie de vos ardoises peut être conservée, et le devis précise la provenance, le format, l'épaisseur et le classement de l'ardoise proposée.
Le devis est gratuit. Pour une visite, appelez le 06 87 29 57 24.



